La sentinelle, « Forces paysannes et Suneor s'unissent pour la reconstitution du capital semencier de l'arachide »
Publié le Vendredi 30 Mai 2008
A l'heure où des segments importants de la nation cherchent à rallier à la cause de la GOANA, Forces Paysannes et Suneor se lancent résolument dans la sauvegarde de la filière arachidière par l'établissement d'un partenariat. Convaincues que l'arachide est pour l'agriculture ce que cette dernière représente pour l'économie nationale, l'organisation paysanne et la société oléagineuse misent sur une stratégie de reconstitution du capital semencier. Elles s'engagent à relever ensemble ce défi en responsabilisant davantage les producteurs organisés en réseaux semenciers. Les producteurs de Linguère disposeront de 40.000 tonnes de semences, ont annoncé , ce week-end, Aliou Dia et Sylvestre Corréa respectivement président de Forces Paysannes et directeur de Suneor.
"Les politiques agricoles, de Mamdou Dia ( ancien président du Conseil du Sénégal, ndlr) à nos jours, se suivent et se révèlent désastreuses les unes après les autres." C'est par ce constat largement partagé dans le monde rural que le leader de Forces Paysannes, Aliou Dia, a circonscrit sa démarche de rupture pour une politique agricole pertinente qui donne à l'arachide la place qui doit être la sienne dans le secteur primaire.
Selon lui, la part allouée à l'agriculture par le budget national atteste de la volonté politique insuffisante des décideurs qui clament tout haut que le moteur de notre économie reste l'agriculture : moins de 10% du budget et moins de 4% de l'aide publique au développement. Il parle d'incohérence et d'impertinence de ceux qui assignent à la Goana une production de 400.000 tonnes de riz et ignorent totalement l'arachide : "Comment peut-on demander de produire autant de riz sans cultiver de l'arachide ? A quelle sauce et avec quelle huile va-t-on les consommer ?" Il poursuit son réquisitoire en soulignant que la libéralisation de l'huile est un danger pour la santé des consommateurs et une immense niche d'argent pour les opérateurs économiques qui ne se soucient que de réaliser des profits.
Aliou Dia plaide pour la sauvegarde de la filière arachidière qui passe par la responsabilisation des producteurs dans la bataille pour la reconstitution de son capital semencier à l'horizon 2009-2010. C'est la base du partenariat qui va désormais lier les producteurs de l'oléagineux et la société utilisatrice de cette matière première. Elle aura en charge l'appui-conseil, l'achat des récoltes et la distribution des semences dont la traçabilité sera garantie dans le cadre d'un réseau et d'un système de suivi-évaluation, de dialogue et de concertation à toutes les étapes du processus. Ainsi, le prix au producteur sénégalais ne sera plus arrimé au cours mondial, mas sera le fruit d'un accord entre les deux parties sans des intermédiaires qui s'enrichissent de la sueur des paysans. A en croire M. Corréa, le directeur de la société industrielle partenaire de Forces Paysannes, l'objectif de 350 000 tonnes est à leur portée d'ici à 2010 si le contrat est respecté par les deux parties.
Dans leurs interventions les paysans venus de différents villages des départements de Kébémer, Louga et Linguère, ont salué la démarche partenariale, une innovation qui sera gagnante, car correspondant aux aspirations du monde rural qui ne cesse de réclamer aux décideurs d'accorder plus de moyens à la filière arachidière sans laquelle tous les autres besoins ne seront satisfaits pour la simple raison qu'ils auront besoin d'argent pour se nourrir, se vêtir, se soigner, éduquer leurs enfants et tant d'autres choses indispensables dans cette société de consommation.
L'amplification de l'exode et ses effets pervers, celle de l'émigration trouvent leur explication dans la mort lente de la filière.
Photo : Aliou DIA, Forces paysannes
Masseck SECK